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03.10.2006

Tout ce que nous...

(2 Mo)

Autour de
René Char

"Tout ce que nous accomplirons d'essentiel à partir d'aujourd'hui, nous l'accomplirons faute de mieux. Sans contentement ni désespoir. Pour seul soleil : le bœuf écorché de Rembrandt. Mais comment se résigner à la date et à l'odeur sur le gîte affichées, nous qui, sur l'heure, sommes intelligents jusqu'aux conséquences ?
Une simplicité s'ébauche : le feu monte, la terre emprunte, la neige vole, la rixe éclate. Les dieux-dits nous délèguent un court temps leur loisir, puis nous prennent en haine de l'avoir accepté. Je vois un tigre. Il voit. Salut. Qui, là, parmi les menthes, est parvenu à naître dont toute chose, demain, se prévaudra ?"

Extrait de : Contre une maison sèche
in "Le Nu perdu"
Poésie/Gallimard

Rembrandt van Rijn
Le boeuf écorché
Musée du Louvre
 
Franz Schubert
Extrait du Moment Musical n°3 en Fa mineur - D. 780 -
Interprète : Alfred Brendel
Label : Philips Duo

07:00 Publié dans René Char | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : Odile Foltz, Calédémon, Vidéoblog, La Main, René Char, Rembrandt van Rijn, Le bœuf écorché

Commentaires

l'image a prévalu grandement sur le texte pour moi.... fascinée par ce tableau macabre, je n'entendais pas les paroles de ce magnifique texte, l'image faisait de l'ombre aux mots ... mais ce n'était pas n'importe quelle image!
elle m'a rappelé un spectacle humain aux vapeurs de formol. Je n'avais pas 20 ans et j'écorchais un homme .... inconséquente dans mon intelligence, incrédule en Dieu, avec la simplicité d'un scalpel, sans contentement ni désespoir, mais extrême application, pensant accomplir là un acte essentiel ....
Etape incontournable pour apprendre à piper les dés des dieux et tenter de prolonger la récré...
vanité des vanités....
Je ne parviens plus à faire cuire la viande depuis!

Ecrit par : Camille | 19.05.2006

Merveilleuse Camille...
Pour la cuisson, je vous conseille la cheminée ou la coque de gros sel. Les paludiers vendent en gros.
Quelle présence que celle de ce bœuf, qui fend les siècles, n'est-ce pas ?

Ecrit par : Caledemon | 19.05.2006

"fend les siècles", c'est l'expression!
je suis certaine que Jean-Robert nous écrirait un truc formidable là dessus avec son alchimie des mots...
je sale au sel rose d'himalaya et c'est de yaks dont j'aurais besoin, aussi me suis-je mise aux légumes, c'est plus économique!

J'ai aimé la pluie sur vos cils et l'empreinte fragile de la pupille aussi...

Ecrit par : Camille | 19.05.2006

Yes belle feinte que cette fente des siècles.

Moi qui soupçonnait seulement que tous les doigts dansant venaient de se mettre dans l'œil, et bien Camille nous explique que peut-être c'est celui qui dans la tombe regardait Caïn.

Mais sans doute Camille ne maquille pas, elle a vécu l'expérience de la matière au creuset de la pipe des Dieux.
La désarticulation de Hans Bellmer, l'arrachement de Bacon?

Jean-Robert derrière René Char et sur l'ennivrement de Franzy!! et bien il peut rien faire que la fermer....

Ecrit par : Jean-Robert D | 19.05.2006

Merci de l'avoir ouverte, tout de même !
Je me fend d'une révérence.
Le démon.

Ecrit par : Caledemon | 19.05.2006

" Exprimer ce que nul n'avait encore exprimé et ce que nul autre que nous ne pourrait rendre, c'est là, selon moi, l'objet et la fin de tout écrivain original.
Avec cela on n'a pas besoin d'avoir toutes sortes de lecteurs, mais seulement des lecteurs qui vous sentent et vous goûtent : les autres n'ont que faire de vous."
(Pensées et maximes, p.127, Grasset 1954)
Charles Augustin Sainte Beuve

Et moi je vais me fendre d'une indigestion!
Encore, encore!!!!
Je ne découpe plus ni viande, ni homme, mais je raffole de ces échanges à point à la table de Caledemon!

Ecrit par : Camille | 19.05.2006

Endurer le dur désir de durer en quelque sorte.
Savoir être savouré et s'avoir se l'avouer.
Et vivre cette aporie qui nous hante: voir c'est savoir?

Crainte est obscure, Amour est nette et blanche;
Crainte est servile, Amour est toute franche;
Amour fait vivre,et Crainte fait mourir.
Clément Marot

Ecrit par : Jean-Robert D | 20.05.2006

Bouchencointé ou nubile aux maux des mots?

Ecrit par : Jean-Robert D | 21.05.2006

bouchencointée en ce qui me concerne par la première strophe,
qui s'exhale dans mon cérébralissime alambic en prenant tout son temps....
nubile en d'éternelles fiançailles jusqu'à la dernière goutte d'eau de vie !

Ecrit par : Camille | 21.05.2006

Rentrée sous la pluie... du pays vert que le vent raffalait, rentrée sous la pluie ... de vos mots.
De vos Marot, de vos Diderot. De vos calages et décalages, de vos marottes, de vos dits. De votre monde intelligent, lucide, cultivé et drôle.
Me suis demandée s'il ne serait pas judicieux de rebaptiser l'"Atelier de petites formes" en "Café surréaliste". Merci de la merveilleuse appropriation que vous faites tous les deux de ces pages si "virtuelles"... Cela nous change des terrains de foot et j'aime infiniment ce pain et ces jeux : les vôtres !

Ecrit par : Caledemon | 21.05.2006

Que ce fut drôle, pertinent et joliment exprimé, tout çà...
[HhMmmfff] en forme de gros soupir...

Ecrit par : Phloxpair | 03.10.2006

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