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21.11.2006

La Main et le menacé

(2,3 Mo)

Autour de

Jorge Luis Borges

Le menacé

C'est l'amour. Je devrai me cacher ou fuir.

Les murs de ma prison grandissent, comme en un rêve atroce. Le beau masque a changé, mais comme toujours c'est le seul. De quoi peuvent me servir mes talismans :  l'exercice des lettres, la vague érudition, l'apprentissage des mots dont l'âpre Nord se servit pour chanter ses mers et ses épées, la sereine amitié, les galeries de la Bibliothèque, les choses courantes, les coutumes, le jeune amour de ma mère, l'ombre militaire de mes morts, la nuit intemporelle, la saveur du sommeil ?

Etre avec toi ou ne pas être avec toi est la mesure de mon temps.

Déjà la cruche se brise sur la fontaine, déjà l'homme se lève à la voix de l'oiseau, déjà s'assombrissent ceux qui regardent aux fenêtres mais l'ombre n'a pas apporté la paix.

C'est, je le sais bien, l'amour : le désir anxieux d'entendre sa voix, l'attente et la mémoire, l'horreur de vivre dans la succession.

C'est l'amour avec ses mythologies, avec ses petites magies inutiles.

Il y a un coin de rue où je n'ose passer.

Déjà les armées m'encerclent, les hordes.

(Cette chambre est irréelle, elle ne l'a pas vue.)

Le nom d'une femme me dénonce.

J'ai mal à une femme dans tout mon corps. 


In "L'or des tigres"

Mis en vers français par Ibarra

Editions Poésie/Gallimard

Franz Schubert

extrait de la Marche du Divertissement à la hongroise pour piano à quatre mains en sol mineur, D. 818 (Op. 54)

interprètes : Justus Frantz - Christophe Eschenbach

label : Emi (1997)


Henri Matisse

d'après "le portait d'Auguste Pellerin" 

07:00 Publié dans Jorge Luis Borges | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : Odile Foltz, Calédémon, La Main, Vidéoblog, Jorge Luis Borges, Le menacé, Franz Schubert

Commentaires

Dans l' arrière-chambre de la mémoire, la main se joue des perles cachées...Ici et là, elle fait rouler sur eux-mêmes les mots à révéler...
A peine un changement impromptu derrière le regard et les pensées se réveillent , se frôlent et s'entrechoquent...

Ecrit par : kaïkan | 26.07.2006

tout cela m'évoque....

Ecrit par : Camille | 26.07.2006

Mesdames, ce que vous dites est le reflet de vous-même et je suis enchantée que vous aimiez les travaux manuels et qu'ils vous inspirent de si riches propos.

Ecrit par : Caledemon | 26.07.2006

Je retiendrai : j'ai mal à une femme de tout mon corps...

Celà fait vraiment rêver...

Bien à vous Démon

Ecrit par : Claude | 26.07.2006

Beau (oui, je sais, je me répète, mais tant pis...)
Et bien fait.

Ecrit par : Daddidou | 27.07.2006

Saisissant ce texte! Belles alliances de sonorités, voix et musique, et visuelles, pour en rendre compte!

Ecrit par : tissiane | 28.07.2006

Le démon se prend pour une tourterelle... "roucrou, roucrou", bombe le jabot et fait trois tours sur lui-même. Cela fait du bien - c'est tellement de travail - de lire-entendre qu'une forme a trouvé un public. Merci.

Ecrit par : Caledemon | 28.07.2006

Odile,
Un vrai plaisir...
A une prochaine.

Ecrit par : Marie-José | 21.11.2006

Viens me ressourcer chez vous. Beaucoup d'émotions

Ecrit par : Claude | 21.11.2006

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