10.11.2006

La Main et le clair obscur (V2)

(2,7 Mo)

Autour de :

René Char

"Je voudrais aujourd'hui que l'herbe fût blanche pour fouler l'évidence de vous voir souffrir : je ne regarderais pas sous votre main si jeune la forme dure, sans crépi de la mort. Un jour discrétionnaire, d'autres pourtant moins avides que moi, retireront votre chemise de toile, occuperont vôtre alcôve. Mais ils oublieront en partant de noyer la veilleuse et un peu d'huile se répandra par le poignard de la flamme sur l'impossible solution."
 
Madeleine à la veilleuse in "Fureur et mystère" -
Édition Poésie/Gallimard
 
Jean-Sébastien Bach
 
Largo du Concerto pour clavecin en fa mineur - BWV1056 (transcription)
Interprète : Wilhelm Kempff
Label :  Deutsche Grammophon


Georges de La Tour


La Madeleine à la veilleuse, vers 1640-1645, huile sur toile

Musée du Louvre

28.10.2006

La Main et la passion

(2,3 Mo)

Autour de

René Char

" Tant la passion m'avait saisi pour cette amante délectable, moi non exempt d'épanchement et d'oscillante lubricité, je devais, ne devais pas mourir en sourdine ou modifié, reconnu des seules paupières de mon amante. Les nuits de nouveauté sauvage avaient retrouvé l'ardente salive communicante, et parfumé son appartenance fiévreuse. Mille précautions altérées me conviaient à la plus voluptueuse chair qui soit. A nos mains un désir d'outre destin, quelle crainte à nos lèvres demain ? "

 

in "Eloge d'une soupçonnée"

Poésie/Gallimard

Franz Schubert

Extrait de la "Fantaisie pour piano à quatre mains en fa mineur" - D 940, Op 103 

Interprètes : Murray Perahia et Radu Lupu

Label : Sony Classical (1992)

 

D'après Amadéo Modigliani

"Nu couché"

Musée Gugguenheim (Bilbao) 

24.10.2006

La Main redonne

(1,4 Mo)

Autour de :

René Char

Redonnez-leur

Redonnez-leur ce qui n'est plus présent en eux
Ils reverront le grain de la moisson s'enfermer dans l'épi et s'agiter sur l'herbe.
Apprenez-leur de la chute à l'essor
Les douze mois de leur visage.
Ils chériront le vide de leur cœur jusqu'au désir suivant
Car rien ne fait naufrage ou ne se plait aux cendres
A qui sait voir la terre aboutir à des fruits
Point ne l'émeut l'échec
Quoiqu'il ait tout perdu..


George Gershwin

Prélude III - Allegro ben ritmato e deciso des "Trois préludes pour piano"
Interprète : Oscar Levant
Label : CBS (1990)

22.10.2006

La Main et la rémanence

(2,3 Mo)

Autour de

René Char

Rémanence

De quoi souffres-tu ?
Comme si s'éveillait dans la maison sans bruit l'ascendant d'un visage qu'un aigre miroir semblait avoir figé.
Comme si la haute lampe et son éclat abaissé sur une assiette aveugle, tu soulevais vers ta gorge serrée la table ancienne avec ses fruits.
Comme si tu revivais tes fugues dans la vapeur du matin à la rencontre de la révolte tant chérie, elle qui su, mieux que toute tendresse, te secourir et t'élever.
Comme si tu condamnais, tandis que ton amour dort, le portail souverain et le chemin qui y conduit.
De quoi souffres-tu ?
De l'irréel intact dans le réel dévasté ?
De leurs détours aventurés, cerclés d'appel et de sang ?
De ce qui fut choisi et ne fut pas touché ?
De la rive du bon au rivage gagné ?
Du présent irréfléchi qui disparaît ?
D'une étoile qui s'est la folle, rapprochée et qui va mourir avant moi ?

Mikhaïl Glinka
Extrait de l'"Alouette"
Interprète : Evgeny Kissin
Label : Red Seal (2002)

20.10.2006

La Main et les vents galactiques

A mon père qui creuse et qui fleurit. 

(1,7 Mo)

Autour de :
René Char

Les vents galactiques

- Que fais ton amour, alors que la maison achevée, tu t'occupes de dresser pour lui un parterre de fleurs, d'élargir une allée de graviers nains, de broder et d'ajourer la calotte nocturne du ciel pour l'arrière de sa tête ?


- Jalonnant la campagne, il jouit d'une autre aise, il creuse des fossés, il enjôle des murs, il rêve d'un cheval gris qui piaffe sous les pommiers.

Extrait d"Effilage du sac de jute"
In "Eloge d'une soupçonnée"
Editions Poésie Gallimard

Maria Szymanowska
Polonaise en sol dièse mineur
Extrait de "Alla Polacca" (Chopin et l'école Polonaise de piano)
Interprète : Jean-Pierre Armengeaud
Label : Harmonia Mundi/Mandala (2000)

Photos : Odile Foltz
Remerciements à la pépinière Brière de Saint Paul sur Risle

19.10.2006

La Main et la laideur

(2 Mo)

Autour de :

René Char

Après (extrait)
…………………………………………………………………..
La laideur ! Ce contre quoi nous appelons n'est pas la laideur opposable à la beauté, dont les arts et le désir effacent et retracent continuellement la frontière. Laideur vivante, beauté, toutes deux les énigmatiques, sont réellement ineffables. Celle qui nous occupe, c'est la laideur qui décompose sa proie. Elle a surgi – plus délétère, croyons-nous, que par le passé où on l'entrevit quelquefois – des flaques, des moisissures que le flot grossi des chimères, des cauchemars comme de vraies conquêtes de notre siècle, a laissées en se retirant.
Alors, quel aliment ? (...)



In "Recherche de la base et du sommet"
Editions Poésie Gallimard

John Field

"Air du bon roi Henri"

Interprète : Miceal O'Rourke

Label Chandos 

 

d'après Jean Baptiste-Chardin 

"La Raie" (vers 1727)

Musée du Louvre - Paris

d'après Chaïm Soutine 

"La Raie" (1924)

Metropolitan Muséum of Art - New York 

09.10.2006

La Main et la rémanence (V2)

(4,3 Mo)

Autour de

René Char

Rémanence

De quoi souffres-tu ?
Comme si s'éveillait dans la maison sans bruit l'ascendant d'un visage qu'un aigre miroir semblait avoir figé.
Comme si la haute lampe et son éclat abaissé sur une assiette aveugle, tu soulevais vers ta gorge serrée la table ancienne avec ses fruits.
Comme si tu revivais tes fugues dans la vapeur du matin à la rencontre de la révolte tant chérie, elle qui su, mieux que toute tendresse, te secourir et t'élever.
Comme si tu condamnais, tandis que ton amour dort, le portail souverain et le chemin qui y conduit.
De quoi souffres-tu ?
De l'irréel intact dans le réel dévasté ?
De leurs détours aventurés, cerclés d'appel et de sang ?
De ce qui fut choisi et ne fut pas touché ?
De la rive du bon au rivage gagné ?
Du présent irréfléchi qui disparaît ?
D'une étoile qui s'est la folle, rapprochée et qui va mourir avant moi ?
 
in "Le Nu perdu"
Editions Poésie/Gallimard

Gabriel Fauré
1er nocturne Op. 33/1
Interprète : Yvonne Lefébure
Label : Disques du Solstice 

05.10.2006

La Main et le Gaucher

(2,2 Mo)
Autour de
René Char
LE GAUCHER
"On ne se console de rien lorsqu'on marche en tenant une main, la périlleuse floraison de la chair d'une main.
L'obscurcissement de la main qui nous presse et qui nous entraîne, innocente aussi, l'odorante main où nous nous ajoutons et gardons ressource, ne nous évitant pas le ravin et l'épine, le feu prématuré, l'encerclement des hommes, cette main, préférée à toutes, nous enlève à la duplication de l'ombre, au jour du soir. Au jour brillant au dessus du soir, froissé son seuil d'agonie."

in "Le Nu perdu"

Poésie/Gallimard

Giulio Caldara
Extrait de l'Aria : Sebben, crudele
Interprète : Cecilia Bartoli (mezzo-soprano) et Gÿorgy Fischer (Piano)

03.10.2006

Tout ce que nous...

(2 Mo)

Autour de
René Char

"Tout ce que nous accomplirons d'essentiel à partir d'aujourd'hui, nous l'accomplirons faute de mieux. Sans contentement ni désespoir. Pour seul soleil : le bœuf écorché de Rembrandt. Mais comment se résigner à la date et à l'odeur sur le gîte affichées, nous qui, sur l'heure, sommes intelligents jusqu'aux conséquences ?
Une simplicité s'ébauche : le feu monte, la terre emprunte, la neige vole, la rixe éclate. Les dieux-dits nous délèguent un court temps leur loisir, puis nous prennent en haine de l'avoir accepté. Je vois un tigre. Il voit. Salut. Qui, là, parmi les menthes, est parvenu à naître dont toute chose, demain, se prévaudra ?"

Extrait de : Contre une maison sèche
in "Le Nu perdu"
Poésie/Gallimard

Rembrandt van Rijn
Le boeuf écorché
Musée du Louvre
 
Franz Schubert
Extrait du Moment Musical n°3 en Fa mineur - D. 780 -
Interprète : Alfred Brendel
Label : Philips Duo

29.09.2006

La Main et les rues de la ville

(2,34 Mo)

Autour de :

Vincent Van Gogh
Terrasse du café le soir, Place du forum, Arles - 1888

René Char
Allégeance - Extrait de "Eloge d'une soupçonnée", Poésie/Gallimard

"Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n'est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus; qui au juste l'aima?

Il cherche son pareil dans le voeu des regards. L'espace qu'il parcourt est ma fidélité. Il dessine l'espoir et léger l'éconduit. Il est prépondérant sans qu'il y prenne part.

Je vis au fond de lui comme une épave heureuse. A son insu, ma solitude est son trésor. Dans le grand méridien où s'inscrit son essor, ma liberté le creuse.

Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n'est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus; qui au juste l'aima et l'éclaire de loin pour qu'il ne tombe pas ?"

 

Erik Satie
Extrait de la quatrième Gnossienne
Interprète : Jean-Yves Thibaudet

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