21.06.2006
La Main et les domaines
Moins d'une minute de chargement (1,5 Mo)...
En attendant... un faux haïku ?
Autour de :
Franz Schubert
Ganymède ("Wie im Morgenglanze") D. 544 (Op. 19/3)
Interprètes : Ian Bostridge (ténor) Julius Drake (piano)
Label EMI Classic
René Ott
Aquarelle de "La Tradelière" et de "La Pagane"
15:05 Publié dans Textes divers | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : Odile Foltz, Calédémon, Vidéoblog, La Main, Franz Schubert, Ganymed, René Ott
09.06.2006
L'été au corps
Premier jour de chaleur, nous nous sommes dépliés le grand pavot et moi.Nous t'avons ri au nez de ne pas être fleur ou plutôt d'être ailleurs. C'est signe de bien-être de rire avec une fleur.
La lumière en biseau paressait en coulant ses ors entre les aulx. J'avais posé mes yeux à hauteur des iris dont le ciel pâle mangeait les valérianes aux grappes de rafle pourpre.
Les hampes courbes des lupins montraient de leurs doigts de dragées les ovales vernissés des feuilles de rosiers. Chaque fleur avait son abeille. J'avais ôté mes laines pour qu'Apollon me prenne.
"Chauffe-moi, travaille sur ma peau, love toi dans mes os que j'exulte. Refais de moi la femme d'été, celle qui dévore le soleil. Celle que j'étais avant l'hiver hirsute."
Le chat averti par sa fourrure tiède griffait une cerise verte et la douceur de l'air.
Les ailes sang des coquelicots appelaient chaque bourgeon à hâter son noyau.
Puis, tout se tut. Les insectes se posèrent avec les oiseaux.
Je vis éclore la première rose. Je la suivis de près.
Et mes pieds nus dans l'herbe commentaient ton absence chuchottant autour d'eux : "Nous sommes fiancé à l'herbe. Tu n'as pas ce velours."
Odile FOLTZ
08:35 Publié dans Textes divers | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : Odile Foltz, texte court, pur jus, forme poétique
23.05.2006
Bientôt

Bientôt, nous aurons exprimé, essoré toutes les formes.
Et l'ironie, au crépuscule des œuvres
Opposera ses plaisirs minuscules
À l'impuissance de l'épuisé.
Restera la chair à frotter encore
Imbriquant nos insatisfactions.
La table nous gavera de ses plaisirs fugaces
Et le vin se taira dans les bouteilles de pierre
Écrasé par le chêne et l'aigu du grand nombre.
Bientôt, la peau, sous les caresses maigres,
S'involutera sous sa corne.
Et le corps, usé par la survie,
Perdra ses déliés en se recroquevillant.
Bientôt, le champ d'avoir
Écrasera le chant d'être
Et nous n'écrirons plus que la limaille des jours.
Bientôt, nous referons de l'émotion exacte
En exploitant à mort ce qui est déjà né.
odile foltz
09:00 Publié dans Textes divers | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Odile Foltz, Calédémon
06.05.2006
Egalité
Prendre l'autoroute.
Choisir une voiture normale
Avec un homme normal à l'intérieur de la voiture.
Le doubler une fois sur la gauche et passer lentement
Pour s'assurer qu'il convient en tout point :
Il ne doit pas rouler trop vite, ni trop lentement
Il ne doit être ni trop jeune ni trop vieux
Il ne doit pas téléphoner non plus.
Il doit être seul.
Valider le choix
Puis le suivre sur deux cents kilomètres
En ne le quittant pas des yeux une seconde.
Regarder la nuque qui se dessine derrière l'appuie-tête.
Ne pas tourner la tête au péage
Quand les voitures se jouxtent.
Redémarrer ensemble.
Bâtir une rêverie de citrouille en carrosse.
Dépasser la nuque de temps à autre
Un peu plus vite, un peu pour voir.
Pour voir la distance entre les nuques
Fondre dans le rétroviseur.
Se dire qu'on est suivie
Et enfin, (r) attrapée.
Frissonner de complicité.
Voir le temps passer, agréablement
Oublier que la route est trop sue et trop longue.
Arriver très vite, presque à regret
Après avoir longtemps suivi la nuque
Reprenant liberté sur bretelle divergente.
L'oublier juste une minute après.
Remercier mentalement le moteur complaisant.
Odile Foltz
12:00 Publié dans Textes divers | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Littérature
30.04.2006
Coulée verte
Au ciel vert des prairies s'allument,
Pailles, les étoiles des primevères.
Entre lune et soleil, je vais, creusant les ors,
Une renoncule tatouée sur le cœur.
J'arrose d'eau de lune
Et de mes cheveux d'herbe [ ma tête est inversée ]
Les prairies distillées par la nuit.
Demain, je glânerai la moisson des étoiles dans l'étreinte-matin.
Va, creuse, creuse
Va plus profond
Cherche la veine à la galerie verte
Pour qu'un peu d'or
Irradie les ombres.
Ainsi attends que ton pissenlit fleurisse.
Attends qu'il monte en graine.
Attends enfin la brume
Des étamines grises
Que le vent soufflera.
Ceci le jour,
Ceci la nuit,
Où tu cesseras de scruter le vert de nuit.
Odile Foltz
19:45 Publié dans Textes divers | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : Odile Foltz, Calédémon
22.03.2006
En forme de haïkus (VI)
Je me suis assise sur une cerise
J'ai attendu que monte le rouge
De ta lèvre à ma joue.
Un homme muni d'un bâton
Fait tomber l'immeuble.
Ô perspective !
La tulipe,
A le printemps
Enfoncé dans le bulbe.
La fournaise de l'été en ville.
Brûlantes falaises
Des vitres qui ne réfléchissent plus.
Si les oranges étaient carrées,
Le monde tournerait en losange.
Je hais les parallélogrammes.
Les pizzicati des marteaux piqueurs
Rythment la ville obtuse
De leur délicatesse.
Odile FOLTZ
12:10 Publié dans Textes divers | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Odile Foltz
21.03.2006
Naples virtuelle.
It's wonderfull – Paolo Conte
- "Cueillir la baie à Naples
S'en régaler, s'en nourrir."
- "Tais-toi !
On ne parle pas la bouche pleine."
Le Municipio est la preuve
Que certains citoyens de ta vie
Sont supérieurs aux autres.
Je pérégrine en lisière
À moi, les ruelles sombres
Et l'obscène clandestinité.
Pour me venger,
À Capodimonte
J'ai mangé le musée.
Restent
Quelques mosaïques coincées
Entre les dents.
À Spaccanapoli,
Je me suis étirée
Et me suis mise à sécher
Éteignant les ruelles.
Au cloître de Santa Chiara,
J'ai siesté
Entre un oranger
Et une treille magnifique
De vitis vinifera.
J'ai contemplé
Mes doigts de pieds
En majolique.
À San Severo
M'attendaient la Pudeur
Et la Désillusion.
Cernée par les gisants
Dans le demi-jour,
Mon sang s'est pétrifié.
J'ai fui en frémissant.
Je cours toujours.
Au teatro San Carlo
J'ai testé l'acoustique
M'est revenu l'écho
D'une voix élastique.
Et le chant du distique
Qui nous brossait
En deux vers :
"Parce que c'est toi,
C'est moi."
Enfin, j'ai pris le pouvoir
Place du Plebiscito.
Hélant par les palais
Armée et gouvernement
Église et royaume
En murmurant.
Je n'ai pas eu à crier
Pour un cheval.
Derrière moi,
J'ai laissé le heaume.
J'ai laissé la croix,
Ne volant que nos ombres
Au galop du soleil
Et les cris vermeils
Des enfants indociles,
Démiurges de la ville.
-"Naples, tais-toi !
Ou je te ferai
Avaler ta baie
Et la Campanie.
Parle-moi avec les mains.
Et nous rentrerons en train."
12:10 Publié dans Textes divers | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Odile Foltz
18.03.2006
Grève
16:55 Publié dans Textes divers | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Odile Foltz
17.03.2006
Les blancs entre les mots
"Lire entre les lignes est un art étale, entre les mots aussi, un art à pic. (…) Ou bien, je le dis autrement : l'espace mesuré entre les mots est plus rempli de réel que ne le sera le temps nécessaire pour les lire." Jean Genet – in Un captif amoureux
Quelque chose de mystérieux se pose sur nos ponctuations. Nous sommes beaucoup plus entre les signes que dans le sens de nos mots.
Cela amène un doute sur les mots mêmes, une décrédibilisation du langage oral (ou écrit) qui devient alors une plateforme formelle, a minima, une articulation qui, si elle se veut explicite, n'en jette pas moins un voile supplémentaire sur ce que nous souhaitons relier en formulant.
Les mots ne sont, en somme, que de petits, tout petits véhicules.
Ainsi les logorrhées du divan - paradigme du lien social - traduisent-elles moins mon "état" que mes gestes : m'asseoir, me caler, allumer une cigarette ou croiser les jambes.
Ainsi mes mains, tellement mobiles, qui viennent sans cesse au secours d'un langage qui ne suffit pas à traduire assez vite les niveaux de la pensée et les sous-entendus du discours.
Ainsi la perception de mon âme qui me trouve dogmatique tandis qu'à coup d'assertions grossières, je tente d'inventer un nouveau langage, impropre à chaque fois.
Alors, je gomme, rentrant en moi-même, reformulant sans cesse. Je sens que les espaces entre les mots s'allongent et mutent, portant plus de sens dans leurs creux que les mots qui s'y intercalent.
La teneur des blancs change. Je les scrute.
C'est la teinte du réel qui les empreint. Impatience, colère, joie, ennui, plaisir, légèreté font onduler les mêmes mots comme de petites anguilles entre ce qui les précède et les suit.
Et c'est tout à la fois accablant et jubilatoire de songer que la pâte de nos mots est une sorte de gruau vague et que le sens est ailleurs.
L'interaction de nos discours et les ronds dans l'eau qu'ils produisent à la surface de nos âmes est probablement dans la ponctuation géante du corps. Dans ce cas, comment traiter la page ? De quelle geste profonde puis-je encrer les blancs et les noirs, les lettres et leurs espacements ?
Faut-il pour autant clouer nos mots au pilori ? Les enfermer dans nos oubliettes et ne les sortir que lorsqu'ils sont assez formels, polis pour le marbre où ils resteraient gravés ?
Architecture pérenne du signe... Enregistrer, imprimer, graver, retenir la trace...
Il n'en faudrait garder que la musique, la manière, le ton, extraire de leur pulpe l'intention émise, éprouver la sensation reçue puis lancer derrière soi la coque vide, le mot lui-même simple vecteur. Ne pas thésauriser dans la mémoire. Sucer, jeter, oublier.
Mais la pensée et la sensation que le mot véhicule, sont si volatiles que, sans support, je ne peux les ancrer en moi. Je serais, sans le mot, entourée d'un vrombissement perpétuel de signifiant m'échappant sans cesse et dont mon inconscient et mes rêves feraient bombance, ne me livrant qu'avec parcimonie la substantifique moelle du sens, après distillation.
Alors, j'entasse – comme un écureuil – les bonbons des mots comme des cailloux à sucer en solitude ou en insignifiance. Et me repais du travail fin de navette, que mon esprit fait, pour tenter d'en faire une trame cohérente et lisible. J'oublie qu'ils ne sont souvent que les électrons énervés de noyaux riches à côté desquels je passe.
Je l'oublie si bien que je me cristallise autour de mes mots, me figeant dans leur prisme et me refusant la légèreté d'un esprit fluide que nulle gemme ne capture. Il ne me suffira pas de jeter le Littré, le Robert et les dico de rimes, d'autodafer ma bibliothèque ou de me taire. Je dois apprendre à me parler, gentiment, simplement, en refusant le recours de l'épopée, tellement jouissive et tellement dangereuse.
Sur les poussettes des petits-enfants sont tendus de gros élastiques, sur lesquels sont enfilées des boules de plastique, bruissantes et diversement colorées. Notre goût des mots ne nous fait voir que les billes, oubliant la finalité de l'objet : distraire, attirer, amuser l'enfant.
Les mots sont impropres, bogues de châtaignes vides, impuissantes à traduire leur velours intérieur : le silence habité et la tendresse qu'ils recèlent, parfois, quand ils ne sont pas juste du bruit.
Chut !
Odile FOLTZ
15:40 Publié dans Textes divers | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Odile FOLTZ, Calédémon, Texte court
03.03.2006
Incertitude

Elle rôde, la chienne, son poil collé frisant notre impatience en ruban distrait, trayant nos nerfs de ses crocs, apportant les ciseaux agrafés à sa queue.
Mais, ce que nous avons conçu ne peut être rongé.
Elle rôde, la glu, balayant de son manteau troué d'incertitudes, projets et rêveries, les collant de sa gelée molle et persistante, brandissant les ciseaux arrimés sur son pot.
Mais, ce que nous filons ne peut être défait.
Elle rôde, la salope, découvrant sa chair pâle, nimbant chaque heure de sa disgrâce, dénudant nos os, approchant les ciseaux attachés à sa main.
Mais, ce que nous tissons ne peut se déchirer.
Elle rôde, l'ombre, noire sur nos ombres grises, fragmentant la lumière, segmentant nos passages, ouvrant grand les ciseaux.
Mais, ce que nous cousons ne peut se démailler.
Elle rôde, l'immonde. Et alors ? Tu es vivant, je suis là, il fait beau. Les ciseaux ne prendront que la place que nous leur laisserons. Au plus juste.
Nous avons fabriqué cette étoffe interne qui nous appartient.
Elle perdurera autant que nous serons dans le désir et la légèreté.
Odile FOLTZ
17:00 Publié dans Textes divers | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Poésie





